29.01.2008

Le pur-sang et les cochons

Des cochons dans une mare puante
S'ébrouaient bruyamment
Leur voisin un cheval pur-sang
Trouvait l'odeur choquante.
"Eh bien quoi ? Vous ne vous lavez donc jamais ?
La boue est-elle si agréable
Que vous ne pouvez vous en passer ?
Regardez-moi, pourceaux, mon poil est lustré
Ma queue resplendissante,
Mes flancs et ma robe brossés
Mon haleine rafraîchissante."
La cochonnaille, vexée, se tut,
L'un finalement prit la parole :
"En deux mots nous puons dis-tu,
La crasse est notre geôle
Et l'odeur nous habille
D'un fumet des pieds aux épaules...
Bah ! que nous importe d'être beaux !
Demain, nous serons saucissons,
Andouillette peut-être ou jambonneaux."
Le cheval ne sut que répondre
Songeur : " un bain de boue
Au bout du compte
Cela doit-être fort doux".

16.09.2007

Le petit chef.

Il est rond comme un porcelet
Ventru, pansu, fessu
Sait tout faire, a tout vu
Et ne fait rien de ses journées,

Mais ce qu’il aime, c’est parler
Face à sa cour craintive
La logorrhée copulative
Tous les jours, leur pâtée,

A celui qui n’aurait plus faim
Attention aux griefs
Aux représailles et aux potins
La joie du petit chef.

13.06.2007

Un aigle trop bavard.

Deux poules picoraient, les pattes dans la boue,
Un aigle survint. Sûr de son repas
Et leur dit ces mots : " Avant votre trépas
Mesdames, voyons si vous avez du goût.
Êtes-vous nourries au grain, à la patée ?
Votre maître l'hiver, vous chauffe-t'il bien ?
Votre maison est-elle bien aérée ?
De parasites n'avez-vous point ?
Ainsi parlait cet Empereur
Qui aimait s'écouter :
Tant et si bien qu'au bout d'une heure
Un paysan vint l'assommer.
De cela, tirons la leçon :
Les bavardages sont inutiles
Et mortels à l'occasion.

05.05.2007

La mouche et la guêpe.

Une mouche lissait ses ailes translucides
Séchant les gouttes d'eau d'un printemps trop humide
Quand le vol d'une guêpe arrêta ses travaux :
"- Cousine, que me vaut, cette visite-là ?
Dit-elle soupçonneuse, à celle qui se pose.
- J'ai décidé que ta maison serait la mienne
De ton trou misérable, un rucher sortira
Sur une multitude, enfin je serai reine.
Fais tes bagages, vite ! Et ne discute pas !
La mouche discuta, dit qu'elles étaient parentes,
Des ailes à l'identique et des pattes bien noires...
Tu oublies un détail, dit la guêpe, sous mon ventre,
J'ai ce que tu n'as pas ; un formidable dard."
Et de transpercer l'animal de part en part.

17.04.2007

La chèvre et le sanglier.

Une chèvre avait pour domaine

Une forêt entière

De cet empire, elle était reine

Son maître en était fier.

Par ici point de prédateur

Ni loup, pas même un chien

Que des caresses et du bonheur.

Mais dans une clairière

Où elle broutait de bon cœur,

Survint un mammifère,

Précédé d’une forte odeur :

« Belle forêt, Madame

On dit que vous n’en sortez guère

Dit l’odorante bête.

- Je n’en sors guère certes,

Pourquoi quitter ce paradis,

J’y trouve herbe et logis,

Il me faudrait perdre la tête

Je n’en ai point envie !

Le sanglier marqua le coup

Puis se mit à sourire :

- Ainsi vous me traitez de fou

Au revoir…

Et l’animal de partir.

La chèvre reprit son repas

Mais tout avait changé,

- La forêt ? Une geôle de bois !

Des murs avaient poussé ;

Mêmes les arbres ses amis

Se dressaient menaçants,

Une muraille de géants

Un rempart ennemi.

Je vivais dans une prison

Sans m’en apercevoir,

Pensait-elle avec désespoir,

Je n’étais qu’un mouton,

C’est décidé, je pars ce soir ».

Sur ces entrefaites, un chasseur

Vient, traînant une bête,

Le sanglier qui tout à l’heure

Lui faisait la causette.

La chèvre redevint mouton

Et partit se coucher.

Tout se paie, le chant des grillons

Même la liberté.

 

26.02.2007

Les loirs et le propriétaire.

Deux loirs sur une gouttière

Glissaient

Laissant le propriétaire

Excédé :

«  Mais quelles sont ces ombres

Qui l’obscurité venue

Dansent et font chahut

Dans la pénombre ?

Un chat, une chauve-souris ?

Un voleur à l’affût,

Un assassin tapi ? »

L’homme en perd le sommeil

Et forme le pari

De monter une nuit

Voir qui le réveille.

Ce faisant, sur son échelle

Il glisse et se rompt le cou.

Bien sûr, on le traita de fou ;

Quant aux loirs, ils dansent de plus belle.

31.01.2007

L'araignée et le moucheron.

Une araignée, tranquille, attendait son repas
Ce fut un moucheron qui tomba dans ses bras :
" Bien pâle dîner, bah, un amuse-bouche
Parlons vrai, j'aimerais, la véritable mouche
Dit-elle méprisante, au jeune freluquet.
- Relâchez-moi, fit-il et dans un an ou deux,
Peut-être reviendrai-je à vos pieds me jeter
Gras et appétissant, en un mot, délicieux !
L'araignée réfléchit, l'affaire était sérieuse
- Manger petit de suite ou demain manger gras ?
Se dit-elle tout haut, voilà tout le débat !"


A sa manière, il fut tranché, d'un coup de dent
Bien acéré.

25.11.2006

Fable de la mirabelle.

C'était un citadin
N'aimant ni les fleurs, ni les filles
Pourtant un beau matin,
Il le vit.
Carré vert et mirabelliers,
Une perle dans la ville,
En somme, un simple verger
qui l'attendait, tranquille.
Sans aucune hésitation
il devint propriétaire
Laissant cette fois, sa raison
Au vestiaire.
L'hiver s'achevait enfin
Et l'homme contemplait
D'un regard enfantin,
Les arbres bourgeonner.
Chaque matin, très fier,
Il faisait les cents pas,
Se donnant de grands airs
Bourgeois.
Mais les beaux fruits dorés
Chaque jour plus gros,
Le rendaient obsédé,
Dévot.
Un jour, alors qu'extatique
Il regardait l'air béat
Ses mirabelles magnifiques,
L'une d'entre elles tomba.
Elles roulèrent dans le jardin
Sous le soleil, sous la lune
Tant est si bien qu'à la fin,
Il n'en resta plus qu'une.
Unique mirabelle encore,
Il la veillait
Comme on veillerait un mort
Familier.
Mais ce qui devait arriver
Evidemment arriva,
Une nuit où le vent soufflait,
Le dernier fruit se détacha.
Il prit une corde tressée
Choisit une branche, et sourd
Aux larmes des mirabelliers
Se pendit haut et court.
Il faut être prêt malgré sa peine,
A perdre un jour, ceux que l'on aime.