05.10.2007

Ville de T... Travailler plus pour gagner plus.

Paf dans la gueule ! Les pneus vont ailleurs avec les illusions et les rêves des nouveaux futurs chômeurs. Aux plus chanceux, on proposera un poste à Montceau-Les-Mines ou Epinal, aux autres la Roumanie, la Chine ou la porte...
Travailler plus pour gagner plus qu'il disait.

27.09.2007

Ville de T.

Nouveau café. Anciennement pourri, enfumé, toilettes épouvantables, tables et tasses douteuses. Nouveau café, propre, tout est propre même le plafond, les grands miroirs, les chemises des serveurs, les serveurs… On ne fume plus, on va dehors, on ne crie plus, on ne joue plus au tiercé, on ne regarde plus le foot. On téléphone, on tapote sur son portable, on lit le Monde et l’Equipe, on déjeune.

02.08.2007

Un matin.

«  Votre camarade s’est tué hier en voiture, je suis désolé ».

 

On s’est tous regardé comme des cons, on a parlé de lui et j’ai perdu la main.  Dix grands gaillards entrain de pleurer. J’ai respecté ce moment là. Je n’ai pas pleuré devant eux.

29.05.2007

Ville de T.

Etrange petite ville où chacun s'est vu au moins une fois. Ce visage ne m'est pas inconnu (?) mais impossible d'y mettre un nom. Et c'est comme cela tous les jours, je croise de parfaits inconnus en ayant toujours l'impression de les connaître. Il y a bien ce peintre un peu original dont la seule source d'inspiration est la place centrale de T, ces deux jumeaux roux à la même voix étrangement fluette. Ce jeune homme sourd et muet à qui j'ai longtemps dit bonjour et qui, aujourd'hui, semble m'ignorer. Maintenant que j'y pense, il y a tous ces patrons de café - j'adore les cafés - le jeune, un imbécile obséquieux et désagréable, le vieux et sa femme pas très reluisants non plus ces deux là, l'autre jeune, sympa mais trop bavard, le turc qui vous sert une demi-heure après votre commande. Et les serveuses ? Elles me connaissent bien en tant que consommateur exclusif de café. Elles sont belles, moins belles, elles fument toutes et travaillent dans des endroits totalement enfumés : leur espérance de vie me semble très limitée. Les coiffeuses. T est une ville de garnison et de coiffeurs. je déteste aller chez le coiffeur, elle ou il, veut toujours me parler. Je déteste parler à des inconnus. Généralement mon mutisme finit par les décourager. J'allais oublier mon point de presse préféré, avec sa patronne dépressive qui me parle de ses régimes et son mari à l'humour "british". Et mes collègues bien sûr, ceux qui travaillent encore et ceux qui ont pris leur retraite. Ces derniers, on les voit encore chez le boulanger ( je les avais oubliés ceux-là !), chez le buraliste (quand je fumais), dans un café et puis ils disparaissent un jour, on ne les voit plus, je ne sais pas pourquoi. Un seul résiste, ça fait au moins cinq ans qu'il a pris sa retraite, mais je ne peux sortir sans tomber sur lui... je ne l'ai pas vu pourtant ces derniers temps. Bien sûr, il y a mes élèves, nos regards se croisent, parfois fuse un bonjour, jamais une insulte, la plupart du temps, nous nous ignorons poliment.

Même les flics, je finis par les reconnaître.

21.11.2006

Chères mirabelles.

Construite dans les années soixante, elle n'était guère engageante avec son toit plat et son bardage métallique. Théophile Vaguemestre, homme ordonné, n'aimait pas les années soixante ; ni ses chanteurs, ni ses révolutions, ni son architecture. Pourtant d'une manière fugitive, il avait entrevu derrière la maison, un rectangle vert agrémenté de mirabelliers. Verger et construction étaient indissociables, aussi avait-il acheté le tout. Propriétaire, il faisait quotidiennement l'inventaire de son domaine, étudiant chaque arbre, scrutant et palpant chaque mirabelle, attentif au moindre changement climatique, au moindre coup de vent.

Les jours passaient et Théophile ne se lassait pas de contempler la croissance rapide de ses chers fruits dorés. Un jour ; il était alors dans une position extatique devant la plus grosse prune - lèvres humides, regard mouillé, presque à genoux - cette dernière tomba avant de disparaître dans les herbes hautes. Le jour suivant, plus de trois cents fruits se détachèrent. Théophile courait, hagard, d'un arbre à l'autre, tendait les mains vers le ciel comme s'il voulait retenir le souffle immuable du temps. Pourtant rien ne pouvait retenir la danse de l'automne, peu à peu les arbres se dénudaient, les mirabelles brunissaient, se corrompaient et chutaient lourdement sur le sol. Le pauvre homme était en enfer, le jour et la nuit, car chaque fruit qui tombait lui déchirait le coeur.

Il ne resta bientôt qu'une seule mirabelle. Il la regardait, le coeur battant, le regard implorant. Il vit à peine la mésange bleue, picorer à demi la malheureuse avant de s'envoler. Après un mouvement semi-circulaire, elle se détacha sèchement et roula dans l'herbe. Théophile Vaguemestre était un homme ordonné, il se munit d'une solide corde, choisit le plus gros mirabellier et se pendit haut et court.

La branche se brisa deux jours après ; le mirabellier est un arbre fragile.